Sur le sol, le contenant tournoya comme une toupie dégoûtante où résidait encore les vestiges d'aliments non consommés qui s'éparpillaient sur le lino tout neuf de la pièce la plus prisée de sa maman chérie.
Visiblement peu ennuyé par cette parenthèse culinaire, le cadavre ambulant s'avança lentement vers le jeune homme en tendant une main dépourvue de peau dans sa direction et en tirant sa jambe inerte derrière lui. David s'attendait presque à ce que celui-ci prononce le mot « cervelle », comme dans : « The return on the living dead ». Le courant s'en alla à nouveau. Pris de panique dans l'obscurité, David se mit à beugler. Il rechercha, les bras derrières le dos, le premier truc qui lui tomberait sous la main, se blessant au passage dans la précipitation. L'objet qui l'avait entaillé était un couteau. Le couteau à viande de maman ! Il braqua sa lame en direction du mort-vivant. En aveugle, il frappa plusieurs fois, loupant sa cible à chacune de ses tentatives. Après ce brassage d'air infructueux et éprouvant pour ses nerfs, David asséna un coup qui toucha victorieusement au but. Galvanisé par sa réussite et le cri de douleur du macchabée, David frappa à nouveau en criant de terreur et de rage, s'éclaboussant au passage de sang de Zombi. Fait gaffe qu'il ne te morde pas !
Il frappa encore et encore, comme un dément. La chose semblait continuer à bouger sous les coups de boutoir acharnés du jeune homme. La lumière revint à nouveau, accompagnée du volume de la télévision qui diffusait cette fois-ci un concert des Red Hot Chili Peppers. Baissant le regard, David contempla son oeuvre et sa main tremblotante lâcha l'arme blanche. Ce qui avait dû être un homme était étendu face contre terre et du sang s'écoulait de sa poitrine. Il n'est pas mort... il faut toucher le cerveau, bon dieu ! David paniqua...cherchant un objet susceptible d'être assez robuste pour perforer le crâne du zombi. Il jeta son dévolu sur le tournevis plat qu'il avait utilisé la veille pour démonter la serrure du garage. Des chocs vigoureux provenant de l'étage, vinrent perturbés la maestria du groupe de rock américain. Des bruits de lutte ? Au grand désarroi du jeune homme, le mort à ses pieds, se mit à gémir et commença même à gigoter dans son propre sang.
« Oh putain ! » David n'hésita pas un seul instant, escorté par la voix d'Anthony Kiedis entonnant By the Way, il plaqua sa savate trouée sur le dos du cadavre et lui enfourna de toutes ses forces le bout du tournevis dans l'arrière du crâne. Le zombi se trémoussa encore un court instant avant de rendre l'âme, figé pour l'éternité. La marre de sang, déjà conséquente, s'agrandit un peu plus avec l'arrivée d'un nouvel affluent. David se releva complètement usé par l'effort et l'adrénaline. Il s'était bien entaillé le creux de la main avec la lame de son couteau. Il attrapa le torchon de vaisselle pendu à la poignée du buffet et se l'entoura autour de sa pogne ensanglantée pour finir par un noeud qu'il sera fermement à l'aide de ses dents. Stephanie ! Il fallait qu'il sache où se trouvaient ses amis. De toute évidence une de ces saloperies de mort-vivant jouait avec le disjoncteur. David se demandait bien ce qui pouvait pousser un zombi - même le plus « Einsteinisé » d'entre eux -, à vouloir jouer avec le courant.
Mais il n'était plus en état de palabrer sur le sujet. De sa connaissance, aucune arme à feu ne se trouvait dans la maison, tout du moins son père ne lui en avait jamais parlé. La hache de Papy...mais bien sûr ! Celle-ci séjournait à longueur d'année, dans le séjour, près de la cheminée. Les Red Hot Chili Peppers enchaînèrent un second titre : « Californication ». David enjamba le cadavre, en l'observant craintivement du coin de l'oeil. Est-il vraiment mort ce coup-ci ?
pensa-t-il. Il remua le macchabée amoché du bout de sa pantoufle aux relents de vieux fromage. Pas de réaction et aucun signe précurseur d'une résurrection imminente. L'ampoule de la cuisine s'éteignit encore et avec elle, la voix de la Rock star. S'aidant de ses mains, David se dirigea maladroitement jusqu'à l'entrée du couloir. Ses yeux percèrent peu à peu l'obscurité. De l'endroit où il se tenait, la hache du grand-père était bien visible, tout au bout du salon, au milieu des ombres projetées par les arbustes au-dehors. Il s'avança trop précipitamment, glissa sur quelque chose et se retrouva le cul à terre. Un murmure venant de l'étage ou peut être de plus près, arriva jusqu'à lui.
Il y en a aussi à l'étage ? ! Il chuchota : « Stephanie ? ». Il pataugeait dans un liquide poisseux. Prenant son courage à deux mains, il se releva et continua en direction de la hache. Mais d'où sortent ces morts-vivants bon dieu ? ! Il essuya ses pinces sanglantes sur ses vêtements.
En se pointant devant les escaliers, il jeta un regard plein d'épouvante vers l'étage, plongé dans une obscurité macabre.