Par Eric Fesquet
Une porte claqua dans la maison. David ouvrit brusquement les yeux dans une semi-obscurité. Les volets de la chambre étaient restés ouverts et une faible luminosité arrosée les rideaux aux motifs fastidieux. Allongé sur son lit et à demi-conscient, il jeta un regard inerte sur le cadran du réveil électrique : 1h55. Nonchalant, le jeune homme laissa glisser une main à ses côtés pour caresser Stephanie, mais rencontra le vide. Surprit, il se redressa sur ses coudes et pivota vers la place déserte...où était passé sa copine ? Au-delà du matelas, la porte de chambre était grande ouverte. David parvint à saisir des murmures qui semblaient venir du corridor. Peut-être qu'elle ne se sent pas bien. Ses amis et lui, avaient pas mal picolé la veille en regardant une sombre « daube » à la télévision et sa copine ne tenait pas bien l'alcool. En slip, il se leva péniblement et enfila un jean et un tee-shirt blanc. Ses pantoufles aux pieds, il contourna le lit et s'avança pour passer la tête à travers l'embrasure de la porte.
Le couloir était tout aussi obscur et la faible lumière, suspecte et inégale provenant du
rez-de-chaussée ne lui suffisait pas pour distinguer le signe d'une quelconque activité dans les autres pièces de l'étage. Les chuchotements se poursuivaient et paraissaient provenir du séjour, juste en bas. Mais qu'est-ce qu'elle fout nom d'un chien ? ! Quittant la pièce, il s'avança dans cette direction, dépassant la chambre de ses parents - partis en week-end à la montagne - et laissant derrière lui, la salle de bain et les toilettes. Un courant d'air glacé le saisi brusquement. C'est quoi ce bordel ? ! Dans le passage privé de clarté, aucune lumière ne filtrée des portes qui étaient toutes restées closes. Toutes, excepter la chambre d'amis, tout au bout, près des escaliers. Elle demeurait entrouverte. Ses copains, Nicolas et Sébastien, y étaient restés dormir après qu'ils eurent maté un DVD tous ensemble. « Eh les gars ? ! vous me prenez pour un enfoiré de chie la trouille ou quoi ? ! » cria-t-il dans la maison quasi silencieuse. Quelle bande de cons. Une pensée soudaine et incongrue lui traversa l'esprit. Et si ses deux copains étaient quelque part dans la maison en train de faire « mumuse » avec sa petite copine ? Arrête tes conneries David, t'es complètement cinglé.
Il continua à progresser d'un pas léger et ses savates commencèrent à produire un bruit étrange, comme si elles pataugeaient dans un liquide poisseux. J'espère pour eux que c'est pas de la gerbe, pensa-t-il irrité. Ne s'arrêtant même pas sur le palier de la chambre d'amis, il se retrouva face aux marches qui descendaient dans le living-room. En bas sur le buffet, la télévision était allumée. Laurent Baffi balançait des vannes cinglantes aux invités inconscients de « Tout le monde en parle. ». La porte d'entrée était grande ouverte et de vieilles feuilles mortes pénétraient dans la pièce à grand renfort de rafales de vent qui remuaient le moindre objet susceptible de pouvoir s'envoler. Personne sur le canapé et personne non plus sur les deux fauteuils que ses deux copains occupaient encore il y à quelques heures. La table basse était truffée de verres à whisky et celui de Nicolas était encore à moitié plein. Des paquets de chips à la bolognaise entamés, traînaient çà et là agités par le souffle glacial. Stupéfait, David descendit l'escalier en bois en faisant gémir quelques marches puis s'avança alors vers la porte d'entrée en traînant ses chaussons. La télévision s'éteignit brusquement, plongeant le jeune homme dans les ténèbres. « Vous êtes trop cons les mecs ! le premier que j'attrape je lui mets mon poing sur la gueule ! » Et si c'est Stephanie tu lui donnes la fessée c'est ça ? Cette pensée, suggérait par une petite voix intérieure, l'excita outre mesure. Se dirigeant dans l'obscurité, David finit par trouver le commutateur accolé au mur, près de la double-porte de l'entrée. Il appuya, mais aucune source de lumière ne vint troubler la pénombre inquiétante des lieux. Il referma la porte en zieutant la rue déserte. Faisant volte-face, il cria en direction des escaliers qui menaient à l'étage : « Alors là, bravo ! vous avez coupés le courant ? ! je vois que vous êtes fortiches pour la connerie. » Il était à cran. Ses potes se foutaient ouvertement de sa gueule et le prenaient pour un débile profond. David n'appréciait pas du tout cette situation indigeste. Surtout que Stephanie semblait être de la partie. Il se tourna à nouveau vers la porte vitrée donnant sur le jardin. Dehors, en face de chez lui, la maison de Monsieur Hakerman était plongée dans une obscurité insondable. La rue jonchait d'arbustes - dont les habitations se comptaient sur les doigts d'une main -, était balayé par des rafales de vent qui faisaient fuir les quelques feuilles mortes surgissant de zones inconnues des employés de la mairie chargeaient du ramassage.