Il ouvrit ses yeux, encore imbibés par des réminiscences de joies révolues. Étendu sur le lit de cette chambre d'hôtel sans attrait, l'homme observa le ballet ennuyeux des particules de poussière rendues apparentes par les rayons solaires qui pénétraient par delà les rideaux. Le jour était là.
Son corps baignait dans la sueur et le sang. Sa main glissa langoureusement, caressant la demoiselle dévêtue coucher à ses côtés... « Mon amour ? » murmura-t-il. Au pied de la couchette, sur le restant de drap demeurer blanc, gisait un fragment de sa bien-aimée, sanguinolent. La femme resta muette et immobile face à l'interrogation subliminale de l'homme. Il tourna son regard vers elle. Le cou de la jeune femme était émaillée de sang aride. Les délicieux petits stigmates qu'il aurait désiré si ardemment deviné là, avaient été supplanter par un orifice béant, sans charme, monstrueux et fatal pour cette nymphe inerte tant aimée. Il se leva de sa couche et toisa, pétri de regrets inaltérables, le tableau macabre. « Mon Dieu... » Il n'y a pas de dieu pour les individus de ton espèce . La femme dénudée était couchée sur le côté, face au mur tapissé, dans un linceul d'hémoglobine humide. Sa main droite, si ravissante, serrait encore fermement un barreau du lit en bois. Le corps livide de la jeune femme était parsemée de fines veines bleues. « Mon amour ? » L'homme évita, inconsciemment, le feu du soleil comme si son existence passée avait encore quelque importance. Se dressant devant l'armoire à glace, il considéra, subjugué, le reflet malsain que celle-ci lui renvoyait. Nu comme un nouveau-né, le fluide vital de la morte lui couvrait la totalité du corps, jusqu'à son pénis fripé. Il fit courir un de ses doigts effilés sur la surface de son torse où résidait encore du liquide non coagulé. Le portant à sa bouche, il goutta la matière suintante, puis la recracha brutalement, écoeuré. Son poignet déchiré, encore dégoulinant, lui rappela amèrement l'insanité prospéré. Bois ma chérie ! ! bois la renaissance ! « Quelle renaissance ? ! » dit-il tout haut. « Elle n'est plus...vidée de son sang...tuée par une chimère. » ajouta-t-il effondré. Il détourna son regard de la bestialité sans nom pour contemplait à nouveau, l'être suprême reposant sur son linceul.
Pas elle ! non ! pas ma favorite ! Il s'avança vers le cadavre et le dévisagea. Les yeux de la femme étaient vitreux, comme ceux du chat qu'il avait écrasé par inadvertance l'année précédente. Sa bouche, sensuelle et maquillé de rouge à lèvres, semblait vouloir proférer un « Ah » de plaisir, intense et noyé de douleur. « Pourquoi m'as-tu quittée ? » proféra-t-il, un rictus d'abomination sur les lèvres. Se rapprochant du corps, il s'agenouilla devant la dépouille et se pencha pour l'embrasser. Le sang coula entre les lèvres des deux amoureux, dans un dernier baiser passionné et rempli d'amertume irréversible. Se retirant hâtivement, l'homme emporta l'organe qui avait tant de fois parcourut frénétiquement son corps vigoureux. L'homme eut une mastication brève, sans liesse, avant de rejeter la chose sans saveur, la mine dégoûté. Ses yeux se brouillèrent de larmes, puis les gouttes cristallines coulèrent sur sa poitrine imberbe, se mélangeant aux vestiges de cette vie sacrifiée inutilement. Cette princesse étendue là, déshabillé et brisé, l'excita outre mesure. Il la désirait malgré qu'elle ne soit plus. Il avait besoin de lui faire du mal, encore, il avait envie de l'aimait, à jamais. Mais l'allégresse fanatique n'était plus. Il avait cru pouvoir la changer, comme il avait cru s'être transfiguré lui-même. Il allait mourir, pareil à ce corps tellement choyé étendu là, inerte, cette enveloppe charnelle qu'il n'avait pas pu sauver des griffes du temps. Il avait échoué et maintenant il allait cesser d'être. Non pas à cause de cet astre illuminé, mais seulement à cause de sa bêtise...humaine. Il ne sera jamais cette nature immortelle de même qu'il ne sera jamais plus cet homme bercé d'illusion, reposant sur une subsistance impérissable...Du couloir lui parvint le tumulte incessant des employés occupés à faire les lits dans les chambres voisines. L'homme eut un rire bref, nerveux et plein de haine. Faire les lits...je vais faire le mien...pour l'éternité des temps.
On frappa à la porte. « Room service ! » Les yeux de l'homme quittèrent l'être inguérissable et parcoururent à nouveau le reflet repoussant. Son phallus arborait une exaltation grandissante, face à l'ivresse d'une nouvelle existence. Est-ce l'excitation de partir pour l'antre de la damnation ? « Mon amour perdu m'attend peut-être en ces lieux inconnus des mortels » déclara-t-il enthousiaste, à la voix suspicieuse. Peut-être, certes lui répondit celle-ci. « Entrée ! » lâcha l'homme dans un souffle, avant d'écarter craintivement, l'obstacle sécurisant qui le séparait de la clarté flamboyante et brûlante du jour nouveau. Aspergé de lumière, il jouit de ce dernier instant. Sa peau ne brûla point, il ne ressentit aucune souffrance. « Est-ce possible alors, que je fus dupe à ce point ? Comment ai-je pu être aussi naïf... » Derrière lui la porte s'ouvrit et un cri d'horreur emplit ses tympans. L'homme enjamba la balustrade et se laissa choir dans le vide, sans un dernier regard pour sa bien aimée...qu'il s'apprêtait à rejoindre pour l'éternité...
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© ® Auteur : Eric Fesquet, texte déposé.