[ L'auteur ] [ Les histoires ] [ Travail en cours ] [ Lisière est arrivée ! ]



Blog express
  • 58 articles publiés
  • 85 commentaires postés
  • 2 visiteurs aujourd'hui
  • 1 visiteur connect actuellement

  • Créé le : 10/05/2008 20:56
    Modifié : 22/04/2009 10:16

    Gifs Animés New (14)
    ****** "La mort, sa vie, son oeuvre" a remporté le concours n° 7 du manoir en janvier 2009. ****** Dernier texte en date à lire sur le site : "L'étranger" ****** Nouvelles, débats, conneries et décapitations sur http://nouvelles.forumactif.com/forum.htm ******
    Garçon (33 ans)
    Origine : Les Cévennes
    Contact
    Favori
    Faire connaître ce blog
    Nouveau : Newsletter de ce blog !



    Amour immuable

    10/05/2008 21:51

    Amour immuable


     

      Par Éric Fesquet

    Il ouvrit ses yeux, encore imbibés par des réminiscences de joies révolues. Étendu sur le lit de cette chambre d'hôtel sans attrait, l'homme observa le ballet ennuyeux des particules de poussière, rendues apparentes par les rayons solaires qui pénétraient par delà les rideaux. Le jour était là. Son corps baignait dans la sueur et le sang. Sa main glissa langoureusement, caressant la demoiselle dévêtue couchée à ses côtés.
       « Mon amour ? » murmura-t-il.
    Au pied de la couchette, sur le restant de drap demeuré blanc, gisait un fragment de sa bien-aimée, sanguinolent. La femme resta muette et immobile face à l'interrogation subliminale de l'homme. Il tourna son regard vers elle. Le cou de la jeune femme était émaillé de sang aride. Les délicieux petits stigmates qu'il aurait désiré si ardemment deviner là, avaient été supplantés par un orifice béant, sans charme, monstrueux et fatal pour cette nymphe inerte tant aimée. Il se leva de sa couche et toisa, pétri de regrets inaltérables, le tableau macabre.
       « Mon Dieu. »
    Il n'y a pas de dieu pour les individus de ton espèce . La femme dénudée était couchée sur le côté, face au mur tapissé, dans un linceul d'hémoglobine humide. Sa main droite, si ravissante, serrait encore fermement un barreau du lit en bois. Le corps livide de la jeune femme était parsemé de fines veines bleues.
       « Mon amour ? »
    Inconsciemment, l'homme évita le feu du soleil, comme si son existence passée avait encore quelque importance. Se dressant devant l'armoire à glace, il considéra, subjugué, le reflet malsain que celle-ci lui renvoyait. Nu comme un nouveau-né, le fluide vital de la morte lui couvrait la totalité du corps, jusqu'à son pénis fripé. Il fit courir un de ses doigts effilés sur la surface de son torse, où résidait encore du liquide non coagulé. Le portant à sa bouche, il goutta la matière suintante, puis la recracha brutalement, écoeuré. Son poignet déchiré, encore dégoulinant, lui rappela amèrement l'insanité prospérée. Bois ma chérie ! Bois la renaissance !
       « Quelle renaissance ?! dit-il tout haut, elle n'est plus... vidée de son sang... tuée par une chimère. »
    Il détourna son regard de la bestialité sans nom, et contempla à nouveau l'être suprême reposant sur son linceul. Pas elle ! Non ! Pas ma favorite ! Il s'avança vers le cadavre et le dévisagea. Les yeux de la femme étaient vitreux, comme ceux du chat qu'il avait écrasé par inadvertance l'année précédente. Sa bouche, sensuelle et maquillée de rouge à lèvres, semblait vouloir proférer un « Ah » de plaisir, intense et noyé de douleur.
       « Pourquoi m'as-tu quitté ? » proféra-t-il, un rictus d'abomination sur les lèvres.
    Se rapprochant du corps, il s'agenouilla devant la dépouille et se pencha pour l'embrasser. Le sang coula entre les lèvres des deux amoureux, dans un dernier baiser passionné et rempli d'amertume irréversible. Se retirant hâtivement, l'homme emporta l'organe qui avait tant de fois parcouru frénétiquement son corps vigoureux. Il eut une mastication brève, sans liesse, avant de rejeter la chose sans saveur, la mine dégoûtée. Ses yeux se brouillèrent de larmes, puis les gouttes cristallines coulèrent sur sa poitrine imberbe, se mélangeant aux vestiges de cette vie sacrifiée inutilement. Cette princesse étendue là, déshabillée et brisée, l'excita outre mesure. Il la désirait malgré qu'elle ne fût plus. Il avait besoin de lui faire mal, encore, il avait envie de l'aimer, à jamais. Mais l'allégresse fanatique n'était plus. Il avait cru pouvoir la changer, comme il avait cru s'être transfiguré lui-même. Il allait mourir, pareil à ce corps choyé étendu là, inerte, cette enveloppe charnelle qu'il n'avait pas pu sauver des griffes du temps. Il avait échoué et maintenant, il allait cesser d'être. Non pas à cause de cet astre illuminé, mais seulement à cause de sa bêtise... humaine. Il ne sera jamais cette nature immortelle, de même qu'il ne serait jamais plus cet homme bercé d'illusions reposant sur une subsistance impérissable. Du couloir lui parvint le tumulte incessant des employés occupés à faire les lits dans les chambres voisines. L'homme eut un rire bref, nerveux et plein de haine.
       « Faire les lits... je vais faire le mien, pour l'éternité des temps. »
    On frappa à la porte : « Room service ! » Les yeux de l'homme quittèrent l'être inguérissable et parcoururent à nouveau le reflet repoussant. Son phallus arborait une exaltation grandissante, face à l'ivresse d'une nouvelle existence. Est-ce l'excitation de partir pour l'antre de la damnation ?
       « Mon amour m'attend peut-être en ces lieux inconnus des mortels », déclara-t-il enthousiaste, à la voix suspicieuse.
    Peut-être, lui répondit celle-ci.
       « Entrez ! » lâcha l'homme dans un souffle, avant d'écarter craintivement, l'obstacle sécurisant qui le séparait de la clarté flamboyante et brûlante du jour nouveau. Aspergé de lumière, il jouit de ce dernier instant. Sa peau ne brûla point, il ne ressentit aucune souffrance.
       « Est-ce possible alors, que je fus dupe à ce point ? Comment ai-je pu être aussi naïf. »
    Derrière lui, la porte s'ouvrit et un cri d'horreur emplit ses tympans. L'homme enjamba la balustrade et se laissa choir dans le vide, sans un dernier regard pour sa bien-aimée, qu'il s'apprêtait à rejoindre pour l'éternité...

     
    Bez et Esparon
    Le 23 Avril 2008

    © ® Auteur : Eric Fesquet, texte déposé.

    hébergement d'image gratuit par ImageFreeHost.comhébergement d'image gratuit par ImageFreeHost.com 

     





    © VIP Blog