Par Eric Fesquet
Mardi 20 Novembre
Appartement 312
7h32 du matin
On frappe à la porte. Robert lève les yeux vers la pendule...7h32...dans moins d'une demie heure il prend le métro pour faire la promotion de son dernier livre dans une célèbre radio locale. Il quitte sa chaise, pose son 357 magnum sur la petite table du séjour et se dirige vers l'entrée.
- C'est Christiane !
Robert déverrouille la porte et ouvre en grand pour accueillir sa voisine de palier.
- Alors, comment allez vous aujourd'hui ?
- Comme d'habitude...lui répond l'homme, la mine sombre.
Il lui fait la bise et l'invite à entrer dans l'appartement.
- Asseyez-vous j'apporte le café, lui-dit-il.
Christiane entre et s'installe sur la chaise se trouvant face à la fenêtre tout en contemplant l'arme à feu déposée devant elle, canon pointé vers la lucarne qui donne dans la rue St-Joseph. Elle s'empare du revolver et l'examine avec attention. De la pièce à côté lui parvient le grondement de la machine à café et des bruits d'ustensiles et de vaisselle qui s'entrechoquent. A la cuisine, le maître des lieux s'active, sert le breuvage stimulant dans des petites tasses blanches aux motifs japonais, dépose un sucre dans chaque, rajoute un nuage de lait pour lui et un petit pain au chocolat pour son invité. Dehors le temps est exécrable, le ciel est voilé, il pleut...déprimant.
Il s'empare du plateau et sort de la cuisine pour rejoindre la dame au salon.
Christianne est là, assise, impassible, fixant les maisons voisines par la fenêtre, le 357 magnum est revenu à sa place. Il s'approche de la femme et dépose le plateau à la droite de l'arme à feu puis se penche pour ramasser un mouchoir en papier blanc encore plié ou réside de petites tâches non identifiées.
- Vous avez tombé ceci. Dit-il en le tendant à Christiane. Celle-ci le remercie et le range dans son sac à main qui est aussi laid que le reste de sa tenue.
-Robert contourne la table et s'assoit en face de sa voisine, dos à la lucarne, il sent les courants d'air froid passés au travers des vieux joints endommagés par la corrosion. Il jette un coup d'oeil furtif sur la petite bibliothèque renfermant une quinzaine de ses bouquins qu'il écrit depuis l'âge de vingt ans. Puis son regard s'incline, dévisageant l'arme qui pointe son museau sur lui.
- Ce n'était pas le bon jour ? Lui demande la dame en goûtant la petite collation.
Robert recentre son attention sur son vis-à-vis.
- Comme vous pouvez le constater... Je suis toujours parmi les vivants.
Christiane remercie son voisin pour le café d'un signe de tête tout en levant sa tasse.
- Vous devriez peut-être changer de mode opératoire... Je ne sais pas moi...rajouter une balle par exemple...dit-elle tout en sirotant sa boisson.
Robert pris l'air indigné.
- Ce n'est pas possible ! Dans mon rêve le barillet n'en possède qu'une...tous les matins depuis 3 semaines je presse cette putain de détente et rien ne ce passe ! Rien à faire ce n'est pas mon heure...pourquoi est-ce si long Christiane ?
La dame a 42 ans. Elle est blonde, les cheveux mis long, un visage agréable, favorable à la confiance avec de jolis yeux verts. Elle fait moins que son âge, mais son accoutrement est celui d'une grand-mère de 70 ans. Elle porte une affreuse robe saturée de marguerites sur un fond bleu altéré par un nombre considérable de passages en machine. Elle porte à ses pieds des pantoufles en toile de couleur vertes insupportable pour l'oeil. Robert, le visage entre ses mains se met à pleurer à chaudes larmes.
- Vous souffrez Robert...rendez-vous compte de ce que vous êtes en train de vous infliger !